L’actu qui émet un peu de travers

Méthodologie

Comment ça tourne, sans personne dans la boucle

Les cinq titres de horsantenne.be sont écrits, vérifiés, illustrés, publiés, réécrits en deux langues et diffusés par une chaîne de programmes, toutes les trente minutes, sans qu’un humain relise quoi que ce soit avant la mise en ligne. Cette page dit qui fait quoi dans cette chaîne, avec quel modèle, et où chacun s’arrête.

Un fait réel, sourcé, fait loi : rien dans une dépêche ne peut en dire plus que ce que les sources ont dit. Tout ce qui est inventé (la réaction des chroniqueurs, qui sont des personnages) doit rester en deçà de ce fait, et deux postes de la chaîne ne servent qu’à dire non.

Chaque poste est un programme distinct, avec un mandat étroit ; aucun ne peut faire le travail du suivant. Le même code fait tourner les cinq titres, chacun avec sa rédaction, sa ligne, ses sources et son lexique.

Qui fait quoi

La chaîne, poste par poste

Un passage toutes les trente minutes, dans cet ordre. Chaque poste est un programme ; sous son nom, le module du pipeline qui le tient.

  1. Le pigiste

    Toutes les trente minutes, jour et nuit, il relit les flux

    ingest

    Chaque titre a sa liste de sources : des flux RSS, Google News, quelques listings de sites. Le pigiste en relève les titres, les résumés et les liens, jamais plus. Il se présente sous un nom qui dit qui il est (GrandChelemBot, HorsJeuBot…), respecte le robots.txt de chaque maison, ne redemande pas ce qu'il a déjà lu et attend entre deux requêtes au même hôte.

  2. Le trieur

    Un événement, une pile

    dedupe

    Il regroupe ce qui parle du même événement, sur soixante-douze heures, à la ressemblance des titres. Quand deux piles en langues différentes semblent raconter la même chose, un modèle rapide tranche, même événement ou pas ; c'est la seule question qu'on lui pose.

  3. Le secrétaire de rédaction

    Le test du rire, et les quotas

    score

    Il note chaque pile de 0 à 10 sur ce qu'on peut en tirer, selon la mécanique comique propre au titre, et nomme le sujet principal. Il pose ses drapeaux. Dopage, santé, deuil, vie privée : rouge, la pile est fermée. Sujet délicat : orange, on continue avec précaution. En dessous de 7, la pile part au recyclage. Il tient les comptes du jour : de six à dix dépêches selon les notes, pas plus de deux sujets sur la même personne en vingt-quatre heures. C'est le seul poste de la chaîne qui voit tous les sujets.

  4. Le documentaliste

    Le noyau factuel, seule vérité admise

    facts

    Pour ce qui passe le tri, il ouvre les articles là où le site l'y autorise, s'en tient au résumé ailleurs, et rédige le noyau : qui, quoi, quel résultat, quelles citations exactes, quelle source principale. La source principale est un article qu'il a lu en entier. Un prénom ou un nom de famille qu'aucune source ne donne n'est gardé que si Wikidata connaît une personne de ce nom exact ; sinon, la personne reste nommée comme dans l'article. Sans article lisible, le sujet attend qu'un autre média le reprenne. Rien, en aval, ne pourra en dire plus que ce noyau. Deux sources qui se contredisent, et le sujet attend qu'une troisième les départage.

  5. Les chroniqueurs

    Une copie par chroniqueur, chacune dans sa voix

    generate

    Le noyau passe à chacun des quatre chroniqueurs du titre. Chacun rend sa copie dans sa voix : titre, chapô, corps, et sa réaction, la seule chose inventée de toute l'affaire. Il a sous les yeux la bible du titre, sa fiche de personnage, le noyau et les derniers titres parus ; il n'a pas accès au web et ne peut rien ajouter au noyau.

  6. Le rédacteur en chef

    Le même modèle, mis à l'épreuve

    judge

    Il est tenu par le même modèle que les chroniqueurs. On le craignait indulgent avec des copies qui lui ressemblent : comparé sur les mêmes textes à un modèle plus fort, c'est lui qui a noté le plus sévèrement, surtout la fidélité au noyau. Il note chaque copie de 0 à 5 sur cinq critères : drôlerie, fidélité au noyau, justesse de la voix, bon enfant, et le test du retweet. La personne citée pourrait-elle partager en riant ? Un critère sous 3, la copie tombe. La rotation des signatures se joue ici : parmi les copies qui restent, celle d'un chroniqueur qui n'a pas signé les dernières dépêches passe devant, sans qu'un sujet tombe jamais pour cette seule raison. Il garde la meilleure, ou aucune : on ne publie jamais la moins mauvaise. Ses notes et son commentaire sur chaque angle écarté sont publiés avec lui.

  7. Le relecteur

    Deux passes, et un crayon rouge sans appel

    guardrails

    La première passe ne réfléchit pas : lexique interdit du titre, longueur du format, structure, tic de titre déjà vu dans les derniers titres parus, chapô entièrement contenu dans le noyau, HTML propre. La seconde lit : chaque affirmation confrontée au noyau (un fait notoire, la nationalité ou le palmarès d'une personne publique, passe), drapeaux, symétrie entre les camps, attaque sur le physique, la santé ou la vie privée d'une personne réelle, titre resté vrai. Un manquement réparable (une affirmation orpheline, une longueur) déclenche une réparation, retirer ou remplacer et rien d'autre, puis une relecture complète ; deux réparations au plus. Un titre faux, une attaque, un drapeau rouge : corbeille, sans appel. Toutes les copies passent devant lui dans la même fournée, la retenue et les écartées ; si la retenue tombe, une des autres prend sa place, selon la règle du rédacteur en chef : d'abord celle d'un chroniqueur qui n'a pas signé les dernières dépêches, et parmi celles-là, la mieux notée. Si toutes sont tombées, la dépêche ne sort pas.

  8. Le directeur artistique et l'illustrateur

    Une illustration par dépêche, jamais un portrait

    illustrate

    Le premier écrit la scène qui raconte la chute, un seul texte à dessiner, un accent de couleur, et la description de l'image en trois langues. Le second la dessine à plat, dans les couleurs du titre. Les personnes réelles y sont des silhouettes de dessin, jamais des portraits, et rien ne porte sur le physique de quiconque ; sur un sujet orange, la scène reste sur le sport et les objets. Un refus du modèle d'image vaut un nouveau brief, plus neutre, trois au plus. Tant que l'image manque, la dépêche attend. Un dernier programme découpe l'illustration en cartes pour les aperçus et les réseaux, avec le monogramme du titre et le nom du chroniqueur.

  9. Le metteur en ligne

    La mise en ligne, sans bouton

    publish

    Il pose la dépêche dans WordPress avec sa source liée en bas, la mention de transparence et sa rubrique, et la publie. Son compte ne peut que créer, publier et programmer ses propres articles : ni supprimer, ni toucher au reste du site. Jamais deux dépêches à la même heure : la deuxième d'un passage est programmée vingt minutes après la première. Chaque personne citée dans le noyau reçoit sa page, où ses dépêches se retrouvent. Les angles écartés qui ont passé le relecteur sont posés à côté de la dépêche, en français seulement, hors des moteurs de recherche, avec les notes du rédacteur en chef ; si l'éditeur retire la dépêche, ils partent avec elle. À chaque passage, il rapatrie aussi dans la base les votes des lecteurs, texte par texte.

  10. Les transcréateurs

    Réécrite en néerlandais et en anglais, pas traduite

    translate

    Dans le même passage, la dépêche est réécrite dans les deux autres langues : la blague se refait dans la langue, le noyau reste le même. Chaque version repasse devant le relecteur, garde la même illustration, et les trois sont liées entre elles.

  11. L'afficheur

    Une dépêche, un post

    facebook

    Quand le titre a une page Facebook, chaque dépêche publiée y est postée avec son lien : une par passage, les plus anciennes d'abord, dans les vingt-quatre heures de sa publication, en français. Le texte du post est écrit par les chroniqueurs avec la dépêche ; l'afficheur ne fait que l'afficher.

  12. Le ramasseur de balles

    À 7 h, le courrier de la veille

    newsletter

    Sur chaque titre, le plus jeune de la rédaction, lui aussi un personnage, passe sur la journée de la veille et ramasse ce qui est réellement en ligne, retraits de l'éditeur compris. Il en tend trois, les mieux notées par le rédacteur en chef, un chroniqueur différent chacune, écrit l'objet et quelques lignes, et poste le courrier à 7 h à qui a laissé son adresse. Il n'écrit pas de dépêche lui-même.

  13. Le veilleur

    Le compte rendu, après coup

    notify

    À la fin de chaque passage, il envoie à l'éditeur ce qui s'est passé : ce qui est sorti, dépêches et angles écartés, ce qui est programmé, ce qui a été recalé et par qui, ce qui attend une image ou un lot. Le rapport écrit au même moment ajoute les votes des lecteurs : combien de textes notés, la moyenne, les rires, et la dépêche comparée à ses angles écartés. C'est là qu'un humain lit la dépêche pour la première fois, déjà en ligne.

  14. Le portail

    Toutes les dix minutes, horsantenne.be relit les titres

    gc-hub

    Ce site n'a ni chaîne ni rédaction. Il relit l'API publique de chaque titre et tient à jour un miroir par dépêche et par langue : le titre, le chapô, l'illustration (celle du titre, jamais copiée), le chroniqueur, la date. Il ne republie rien : chaque carte renvoie à la dépêche sur le titre qui l'a écrite. Une dépêche retirée sur son titre disparaît d'ici au passage suivant. Les angles écartés restent sur leur titre, il ne les reprend pas.

Ce que fait l’humain

Un éditeur, une personne. Il écrit la bible de chaque titre (la ligne, les règles, les formats), les fiches des chroniqueurs, la liste des sources, le lexique interdit, les seuils et les quotas ; il choisit les modèles. Il lit les comptes rendus et les rapports, et il a la main dans WordPress pour retirer une dépêche (les angles écartés posés à côté partent avec elle), la reclasser ou la remettre en brouillon, toujours après coup. Il n’écrit ni ne réécrit de dépêche, et n’en relit aucune avant sa mise en ligne. Quand quelque chose cloche, il ne corrige pas la dépêche : il corrige la règle, et la chaîne repart.

Ce que font les lecteurs

Sous chaque dépêche et chaque angle écarté, cinq étoiles et un bouton pour dire que ça vous a fait rire. Un vote par texte et par lecteur, reconnu à une empreinte de son adresse, hachée et non réversible ; on peut changer sa note, pas retirer son rire. Les votes reviennent dans la base du titre à chaque passage et dans le rapport que lit l’éditeur, avec la dépêche comparée à ses angles écartés, sans qu’aucune décision de la chaîne s’appuie dessus.

Ce qui est gardé

Chaque titre tient un journal : chaque article lu, chaque pile, chaque note, chaque noyau, chaque copie, les notes du rédacteur en chef sur chacune et le verdict du relecteur, les votes des lecteurs, et chaque appel à un modèle avec son nom, ses jetons et son coût. Une dépêche publiée peut être remontée jusqu’à l’article de presse dont elle part. Les appels aux modèles partent par lots : un passage attend ses résultats jusqu’à vingt minutes, et le suivant les relève s’ils tardent. Rien n’est rejeté pour cause d’attente. La plupart des passages ne publient rien : le tri et la relecture écartent bien plus qu’ils ne laissent passer.

Les personnages, la ligne et les sources de chaque rédaction se lisent sur la page La Rédac’ de chaque titre. Le pacte, ce qui est vrai et ce qui est inventé, est sur la page À propos.